08.10
2008
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Comme jadis la tête du bon roi Louis, le chiffre vient de tomber : 41 300 chômeurs de plus pour le seul mois d’août 2008. Le pire mois depuis 15 ans peut-on lire ici et là. C’est ce qui s’appelle aller chercher le plein emploi avec les dents. Pendant que d’aucuns font mine de s’étonner voici, parmi tant d’autres, l’histoire d’un mec…

Ce mec c’est René, il est mécanicien spécialisé dans les galipeurs, un métier délicat – ce qui est rare – et mal payé – ce qui est déjà nettement plus courant. Un beau jour, ses patrons prennent leur courage à deux mains et décident de licencier plus pour gagner plus. Du jour au lendemain, René se retrouve à la rue, son job effectué en heures supplémentaires défiscalisées par ses anciens collègues.

Le lundi matin, tout en sifflotant « merci patron », René arrive à l’ANPE. Il s’entretient longuement avec son conseiller mais, malheureusement, tous les galipeurs du pays sont correctement entretenus et aucun emploi dans la maintenance/réparation du galipeur n’est disponible. René est un peu triste, mais après tout la semaine ne fait que commencer…

Mardi matin, il n’y a toujours pas d’emploi disponible dans le galipeur. « Il y a beaucoup de concurrence dans votre secteur, s’inquiète son conseiller, un bac pro ça ne suffit plus vous savez. » Qu’à cela ne tienne ! Comme Neo, René libère son esprit dans l’après-midi et s’injecte une clé USB directement dans le crâne pour ingurgiter six semestres en quelques secondes. En début de soirée, René est bac + 3 !

Mercredi matin, il n’y a toujours pas d’emploi disponible non plus. Lui et son diplôme échangent un regard terne et plein de mélancolie. « Eureka ! lance un collègue de son conseiller, pourquoi ne pas vous reconvertir dans la maintenance de chneu? ». René fait un peu la gueule. Un chneu, ça n’est pas exactement un galipeur.  « Au fait c’est quoi un galipeur ? » demande son conseiller. « Bah, coupe son collègue, il n’y a pas d’emploi disponible non plus pour les chneus ». René peut juste espérer qu’il trouvera un emploi plus tôt, mais bon, faut pas non plus déconner, on est en France…

Jeudi matin, bizarrement, il n’y a toujours pas d’emploi. Pourtant, René y croyait à mort, il avait pris le regard du tueur en poussant la porte de l’agence, il se sentait comme Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007 ! Mais à présent, le teint pâle et la gorge sèche, il se sent comme Nicolas Sarkozy le 6 mai 2008. Et comme entre-temps le gouvernement a entrepris la chasse aux chômeurs, René doit absolument accepter une offre raisonnable d’emploi ! « Ben… y nous reste que du télémarketing. » Quoiqu’un peu déçu de la vie, notre ami mécano accepte. Il se dit qu’avec ce petit boulot provisoire il pourra peut-être acheter un peu de fromage râpé pour mettre dans les pâtes.

Vendredi matin, il n’y a tellement pas d’emploi qu’on a retiré le panneau des annonces. Subitement, René a un doute. Et dire que, toute la nuit durant, les conseillers ANPE se sont réunis en cercle et ont longuement fixé le sol en espérant y voir pousser un emploi par génération spontanée, mais rien n’y fait : Galipeur SA préfèrent épargner les bénéfices plutôt que de les investir dans de nouvelles machines. En creusant à la pelle au fond de son tiroir, son dévoué conseiller lui trouve un taf d’enquêteur pour l’institut de sondage Boniment(s), mais, écoeuré, notre héros jette l’éponge.

Vendredi soir, à la clôture, René est radié du chômage. Devant son ordinateur, Christine Lagarde exulte : plus que 41 299 à éliminer et c’est bon ! Dès le samedi midi, elle court devant les caméras de télévision expliquer pourquoi, en France, on a décidé de lutter contre le chômage sans chercher à créer d’emploi. Devant son poste, la fourchette pleine de pâtes à la main et la mâchoire décrochée, notre René hallucine. Dans la soirée, il tombe sur un tract à la sortie du métro.

Dimanche matin, sa décision est prise. René est maintenant socialiste. Comme quoi à quelque chose malheur est bon…

Un commentaire sur “C’est l’histoire d’un mec…”

  1. Thomas a écrit :

    c’est l’histoire aussi de dire que cet article est le 200ème publié sur ce blog

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