Archive du mois de novembre 2009

27.11
2009
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Nous sommes heureux de constater que le congrès des Jeunes Socialistes à Grenoble a eu un écho médiatique tel que les propositions qui y ont été adoptées suscitent désormais la réaction du président des Jeunes Populaires. Sur ton blog, tu y vas de l’accusation de démagogie à notre encontre, constatant que nous proposons la réduction du temps de travail à 32 heures hebdomadaires. « L’idéologie a triomphé de la raison » déclares-tu, et nous y sommes accusés d’irresponsabilité grave.

Tu l’auras compris, nous proposons effectivement la réduction du temps de travail à 32 heures :

  • Parce que la réduction du temps de travail va dans le sens de l’Histoire (de 12 heures par jour au 19ème siècle nous sommes passés à 7 heures aujourd’hui).
  • Parce que nous pensons qu’il faut « travailler pour vivre » et non « vivre pour travailler », que le progrès doit profiter à tous et permettre à chacun de s’émanciper et de s’épanouir à travers la culture et les loisirs.
  • Parce que plus de 400 entreprises de tailles diverses ont déjà fait ce choix et en sont tout à fait satisfaites.
  • Parce qu’au vu de la réduction globale du temps de travail qui s’opère (+52 000 chômeurs en octobre 09), nous préférons le « travailler tous » au « travailler plus pour quelques uns ».
  • Parce que la réduction du temps de travail sans perte de salaire est la seule façon de rééquilibrer la répartition salaires / profits en faveur des salariés et ainsi de leur permettre globalement de récupérer du pouvoir d’achat.

Notre proposition de réduction du temps de travail ne se résume pas à une réduction horaire, nous souhaitons aussi la semaine de 4 jours : l’augmentation du nombre d’employés, beaucoup plus massive lorsqu’un jour de travail par semaine est supprimé. Une telle mesure a été adoptée par de nombreuses entreprises en France, car elle est rendue possible par la loi, avec une grande efficacité tant du point de vue de la productivité, que de l’embauche.

La réduction du temps de travail est aujourd’hui, dans un contexte de chômage de masse et de baisse de la demande, la seule mesure qui permet d’avancer vers une économie du plein emploi. Dans un monde où les richesses sont produites de plus en plus rapidement et efficacement, et où le travail n’a jamais autant créé de ressources, c’est la structure de l’emploi qu’il nous faut revoir en le répartissant. Quoi de plus éloquent à ce titre que le fait que la durée moyenne du temps de travail en France soit aujourd’hui égale à 33 heures par semaine. Nous préférons une répartition équitable du travail à sa dispersion entre heures supplémentaires imposées et temps partiels subis.

Voilà, Benjamin Lancar, la réponse argumentée de Jeunes Socialistes. Nous ne ferons pas de commentaires sur la politique de l’emploi actuelle, les chiffres parlent d’eux-mêmes… Il y en a qui lorsqu’ils entendent le mot réduction du temps de travail sortent encore leur révolver. Travailler moins n’est pas travailler moins bien, c’est avant tout travailler mieux et tous ensemble. A l’indignation nous préférons la réflexion et le débat ; la raison n’est ainsi pas du coté que l’on voudrait nous faire croire. Quand à l’idéologie, nous assumons d’en avoir une…

Benjamin A.

15.11
2009
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La Tarification à l’activité déséquilibre dangereusement l’hôpital public.

Au moment des débats sur l’entrée en vigueur de la loi hpst, il nous semble important de revenir sur l’actuel et unique mode de financement des services hospitaliers, la tarification à l’activité.

La tarification à l’activité (T2A) est issue de l’ambitieux plan hôpital 2007 des gouvernements qui se sont succédé au cours du second mandat de Jacques Chirac.

Elle consiste en ce que chaque acte rapporte de l’argent au service hospitalier, selon un tarif fixé par l’assurance maladie . L’idée de base était de sortir de la logique de moyens jugée trop onéreuse : à savoir le financement des services hospitaliers sous forme d’une « enveloppe » globale annuelle(calculée en fonction des dépenses des années précédentes, du nombre de lits (donc du personnel à disposition), du coût du matériel médical, des médicaments…); au profit d’une logique de résultats « l’hôpital ne coûte plus, il rapporte », auparavant expérimentée dans le secteur privé .

La tarification à l’activité peut se justifier dans certains cas d’actes techniques très codifiés qui ne varient pas beaucoup (actes de type chirurgicaux ou radiologiques), mais est inadaptée dans la majorité des autres autres actes médicaux tels la réanimation, la pédiatrie, les maladies chroniques, les pathologies complexes, les maladies rares et orphelines, ou en recherche. Par une série d’exemple, nous allons venir point par point aux inconvénients et risques de la t2a : abandon de pans de la médecine au privé, laissant à l’hôpital publique les cas difficiles (sans spécialement lui en donner les moyens financiers), prise de risques inutiles pour le patient, dégradation de la qualité des soins par pression sur le personnel soignant .

Le fossé public-privé

Prenons l’exemple d’une pose de prothèse de hanche. C’est un acte extrêmement fréquent, donc des équipes très entrainées savent le faire très bien et très rapidement, certains parlent de travail à la chaîne . Comme le secteur privé peut sélectionner ses patients (liberté du choix du patient, l’un des principes de la médecine libérale) alors que la médecine hospitalière se doit de prendre en charge tout le monde (c’est un service public), ce genre d’actes devient phagocyté par le secteur privé. Dans la logique d’entreprise qu’a l’esprit de la T2A, cela entraîne un manque à gagner pour le secteur public puisque le « marché des prothèses de hanche » part principalement aux cliniques . C’est ainsi que sur le classement du Point des meilleurs établissements pour la prothèse de hanche , dans les dix premières places, 5 sont des cliniques donc du secteur privé (alors que sur le classement général des meilleurs hôpitaux de France, deux cliniques apparaissent dans les 50 premières places).

Revenons à notre prothèse de hanche, mais cette fois dans le cas d’une femme âgée présentant par ailleurs d’autres maladies comme le diabète, l’hypertension artérielle avec insuffisance rénale et (allons-y fort) une insuffisance cardiaque. Il y a de fortes chances que la personne fasse un séjour en réanimation après l’anesthésie, ce qui nécessite des soins plus complexes et une opération plus risquée entraînant des complications incompatibles avec une logique d’acte à l’heure. Cette opération sera d’avantage prise en charge à l’hôpital public qu’en clinique, suivant le schéma énoncé plus haut. Car bien que payés, il est plus difficile de rentabiliser le personnel, pour ces actes qui subissent le hasard de la nature humaine et non le côté itératif d’opérations à la chaîne cadrant avec la volonté de gain de temps et d’argent d’une logique de résultats.. L’hôpital public gagne beaucoup moins d’argent pour le même nombre de patients.

Les dérives possibles

Parallèlement au risque de creuser un fossé entre le domaine public et le domaine privé, on assiste fréquemment à des dérives liées directement au principe de tarification à l’acte. En effet, certaines pathologies dont la prise en charge médicale ou chirurgicale est en discussion seront plus aisément orientés vers une prise en charge rapportant plus, pour des raisons financières. Une étude de 2003 publiée dans la revue économique des presses de science-po montre que que les établissements privés, déjà financés à l’acte, pratiquaient significativement plus d’accouchements par césarienne que les établissements du service public, financés par enveloppe globale, toute chose étant égale par ailleurs. Or la césarienne n’est pas dénuée de risque pour la patiente (risque infectieux, risque hémorragique …), donc en plus d’utiliser l’argent des cotisants pour des actes non justifiés médicalement, on fait prendre un risque pour la patiente. Mais le service gagne plus d’argent.

Par ailleurs, la logique d’entreprise à l’hôpital a aussi pour conséquence une augmentation de la pression sur le personnel paramédical et médical. En effet, on demandera plus d’actes pour un même temps de travail, le personnel de soin devant ainsi faire plus rapidement certaines choses (quand il n’en deviendrait pas contraint faute de temps d’en faire l’impasse). Pour ne prendre qu’un exemple représentatif, il se pourrait que le personnel passe un peu moins de temps à se laver les mains, ce qui pourrait favoriser un peu plus la survenue d’infections nosocomiales (des maladies liées aux conditions d’hygiène sur le lieu de soin). Or ces infections augmentent en moyenne de 2 jours la durée d’hospitalisation, exposent le patient à un risque de septicémie (germes hospitaliers parfois résistants) et coûtent énormément à l’assurance maladie ! Et voilà le serpent d’Asclépios qui se mord la queue! Trop de pression voulue par une démarche de rentabilité conduit à d’infimes petites prises de risques qui engendreront par leur multiplication un surcroit de travail et finalement de coût pour la société et le patient.

Enfin, prenons pour dernier exemple quelque chose auquel nous seront tous confrontés et regardons du côté des soins en fin de vie : 80% des Français meurent à l’hôpital . On a donc inventé un tarif spécifique pour ces soins dits “palliatifs” qui se décompose comme suit : si le patient meurt avant minuit, le service touche 800 euros alors que s’il reste 15 jours, ce chiffre passe à 8000 euros et s’il reste plus encore, le forfait reste à 8000 euros. De là à en déduire que ni la mort trop rapide ni la mort trop lente ne sont pas “rentables”, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais pas, mais comment douter que personne un jour ne le fasse, sous le coup d’une pression administrative et budgétaire trop importante, avec toutes les dérives que cela peut engendrer?

En somme pour toutes ces raisons, on comprendra en quoi ce système de financement conforte l’hôpital public dans des déficits chroniques, mais apporte en plus un facteur de dangerosité lié à la pression sur les actes. La T2A ne peut et ne doit pas constituer le seul mode de financement de l’hôpital. La logique de résultats n’est pas adaptable à la santé en général, la logique de moyens est la seule qui soit acceptable. Et bien loin d’être une réponse à l’augmentation des dépenses de santé, la T2A est une mine d’or pour le secteur privé.

Mitterrand disait après son second mandat que son grand regret était de ne pas avoir nationalisé la santé. Quand nous arriverons au pouvoir, notre chantier sera de re-nationaliser le soin hospitalier.

Sylvain

11.11
2009
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Fidèle à sa stratégie d’exploitation des faits médiatiques, Brice Horetefeux a profité de manifestations violentes survenues récemment à Poitiers pour faire ressusciter le fichier EDVIGE qui avait pourtant été retiré l’année dernière suite à la mobilisation de l’opinion publique.

Hasard du calendrier sans doute, le ministre de l’intérieur a choisi le jour de Sainte Edwige pour signer deux décrets mettant en place deux nouveaux fichiers : le premier cible les bandes, les hooligans et les groupuscules et l’autre contiendra des données sur les personnes postulant à un emploi dit «sensible». Ces nouvelles « bases de données » constituent une atteinte intolérable aux libertés publiques puisqu’on y retrouve l’essentiel des raisons qui nous ont poussées à nous mobiliser lors de la création du fichier EDVIGE.

Tout d’abord le fichage des enfants à partir de 13 est toujours prévu et se fera sur la base de simples « présomptions » d’atteinte à la sécurité publique. Ainsi, alors que les fichiers de renseignement doivent avoir en principe pour vocation première de préserver la sûreté de l’Etat en luttant notamment contre les diverses formes de terrorismes, il s’agit ici au contraire d’un moyen utilisé pour lutter contre la petite délinquance. Cette  volonté doit être replacée dans un contexte plus général de défiance vis-à-vis des jeunes. Aujourd’hui la jeunesse est clairement vue comme un danger par le gouvernement.

De plus, il est toujours prévu de récolter des données sensibles telles que les « activités publiques » ou les « motivations politiques, religieuses, philosophiques ou syndicales ». Par ailleurs, si la référence ethnique existant dans le cadre du fichier EDVIGE semble avoir disparu, elle réapparait en réalité de manière détournée dans la possibilité de mentionner l’origine géographique des individus.

Enfin sur la forme, on constate que la méthode employée par le gouvernement consistant à agir par décrets est symptomatique d’une méfiance à l’égard du débat démocratique. En effet, l’instauration de ces fichiers touchant aux libertés publiques aurait logiquement du être débattue par la représentation nationale. Mais le gouvernement a semble t-il peur du peuple…

Karima