21.01
2009
  • Facebook
  • Google
  • Scoopeo
  • Technorati
  • TwitThis
  • Wikio FR

Alain Gresh est le directeur adjoint du Monde Diplomatique et l’un de ses anciens rédacteurs en chef. Spécialiste du Proche-Orient, il a accepté notre invitation à une rencontre/débat sur le conflit Israelo-Palestinien à laquelle nos aînés du Parti Socialiste étaient conviés.

Nous tenons à le remercier très chaleureusement pour être venu à notre rencontre et à le féliciter pour la qualité de son exposé et pour sa pédagogie qui nous a permis de mieux décrypter un conflit au coeur de l’actualité.

Nous vous invitons à vous rendre sur son blog Nouvelles d’Orient:

     
     
     

Comment prendre position sur le conflit israélo-palestinien ?

L’affrontement judéo puis israélo-palestinien est l’un des plus anciens de la planète. Il remonte à un siècle environ, avec l’émergence du mouvement sioniste en Europe et les premières vagues de colonisation en Palestine. De la première guerre mondiale à aujourd’hui, il a impliqué, à chaque époque, toutes les grandes puissances, de l’empire ottoman à la Russie tsariste, de l’Union soviétique à l’Allemagne nazie, des Etats-Unis à la France. Il s’est traduit, au Proche-Orient, par cinq guerres.
La maîtrise d’un grand nombre de données – qui couvrent les programmes d’histoire de plusieurs années –, est une condition indispensable à toute prise de position . Des points de vue divers peuvent se confronter du moment que les interlocuteurs maîtrisent les éléments historiques de base, ce qui n’est souvent pas le cas. C’est seulement alors que l’on peut s’attaquer au deuxième obstacle, la dimension idéologique et affective du conflit.
Que répondre à quelqu’un qui proclamerait que la terre d’Israël a été donnée aux juifs par Dieu ? De manière analogue, comment débattre avec des élèves musulmans qui pensent que la Palestine est un waqf (bien de mainmorte) islamique et qu’elle ne peut être un élément de marchandage ? Peut-il y avoir une position « laïque » sur ce conflit ?
Celle-ci s’appuie d’abord sur le refus des hiérarchies entre les être humains, les communautés religieuses ou nationales. Même si, pour des raisons différentes, parfois familiales, quelquefois religieuses, de temps à autre culturelles, nous pouvons nous sentir plus proches de tel ou tel protagoniste… Ensuite, l’affirmation du primat du droit international. Que disent, en substance, les résolutions des Nations unies ? Elles reconnaissent que, désormais, sur la terre historique de la Palestine, il existe deux peuples, l’un juif israélien, l’autre palestinien et que ces deux peuples ont droit à un Etat indépendant.
Mais il faut nuancer cette symétrie. D’abord, le peuple israélien dispose déjà d’un Etat depuis plus de cinquante ans, alors que les Palestiniens en sont toujours privés et vivent sous occupation. Ensuite, la situation actuelle est née d’une injustice originelle : les Palestiniens ont été expulsés de chez eux par l’armée israélienne en 1948-1949. Cette expulsion, longtemps niée, est désormais un fait reconnu grâce aux travaux des « nouveaux historiens » israéliens. A l’heure où l’on invoque souvent le « devoir de mémoire », une telle injustice mérite réparation. Cette dimension morale ne peut être occultée.
Quelle est la place de l’Holocauste dans cette histoire ? Elle ne saurait être sous-estimée, tant elle marque les prises de position ici et au Proche-Orient. L’anéantissement des juifs par Hitler, l’incapacité des grandes puissances de l’époque à stopper ce crime, a créé – à juste titre – une sympathie pour les juifs dans les opinions occidentales. Il a été un élément essentiel du vote des Nations unies du 29 novembre 1947 en faveur de la naissance de l’Etat d’Israël. Mais ce sont les Palestiniens qui ont payé le prix d’un crime qu’ils n’ont pas commis.
Comme l’expliquait le journaliste israélien, Tom Segev, dans un livre intitulé Le Septième Million (consacré aux débats sur l’Holocauste en Palestine, avant 1948, puis en Israël), on peut tirer deux enseignements contradictoires du génocide des juifs. Le premier est que personne n’a le droit de « rappeler aux Israéliens des impératifs moraux tels que le respect des droits de l’homme », car les juifs ont trop souffert et les gouvernements étrangers ont été incapables de leur venir en aide. Le second consiste à penser que le génocide « somme chacun de préserver la démocratie, de combattre le racisme, de défendre les droits de l’homme ». Pour tout le monde. Même pour les Palestiniens…

Alain Gresh

Un commentaire sur “rencontre avec Alain Gresh”

  1. Pierre a écrit :

    Waouw ! Y’avait l’air d’y avoir du monde c’est beau à voir. J’aurais vraiment aimé être là ce type à l’air super intéressant. Faudra que je songe à l’enlever pour l’amener sur Paris…

Abonnez-vous aux commentaires de ce billet

Laissez un commentaire