Archive pour la rubrique 'Culture'

06.11
2008
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Qu’on se le dise, l’art est en France une chose sérieuse et comme pour toutes choses sérieuses, il convient de ne pas faire n’importe quoi. C’est fort de ce concept puissant que des policiers en civil accompagnés de quelques portes-matraque en uniforme se sont rendu le 24 octobre dernier à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) pour procéder au décorchage d’oeuvres d’Oleg Kulik et à l’arrestation de deux responsables de la galerie moscovite XL. Les oeuvres ont été jugées “pornographiques” et donc indésirables.

Ce photographe et plasticien russe explore la question de la zoophrénie, c’est à dire des rapports entre l’homme et l’animal. Son travail, souvent violent et quelque fois presque pornographique pose, entre autres, la question suivante : l’homme ne se comporterait-il pas exactement comme un animal ?

Cette question philosophique vient déstabiliser le fondement même de nos sociétés. Si nous, humains, nous permettons de nous considérer comme autres que des grands singes, dont nous sommes les descendants, c’est parce que estimons avoir développé une conscience de nous, des autres, des règles de vie en société, la maîtrise d’outils… qui nous différencient fondamentalement d’avec le reste du règne animal. Il y a nous et les autres. Très bien. Le travail d’Oleg Kulik mets le doigt où cela fait mal. Il montre la possibilité de liens entre nos comportements et mettant en scène des Hommes dans des comportements d’animaux et réciproquement.

L’insupportable action de la police et de la justice française pour mettre l’Art à la botte du politiquement correct du dogme présidentiel montre bien qu’Oleg Kulig a raison. Contrairement aux humains, les animaux sont incapables de second degrès. Les choses sont ou ne sont pas. Un aliment est comestible ou ne l’est pas. Un autre animal est hostile ou amical, mais il ne peut être quelque chose entre les deux ou les deux à la fois.

En ne voyant dans les oeuvres d’Oleg Kulik que violence, pornographie voire zoophilie, l’Etat Français ne s’est comporté qu’à peine comme un vulgaire caniche grand-mère, se contentant d’aboyer sans chercher à analyser et comprendre. Evidemment, “le lâché de salopes”, emblème de l’art officiel est plus facile à comprendre et ne demande qu’un faible temps de cerveau disponible.

Désormais, des oeuvres d’un plasticien controversé sont stockées dans le commissariat du VIIIe arrondissement de Paris dont dépend le Grand Palais. Le message est clair : le concept d’art dégénéré est de retour et les artistes peuvent craindre une saisie de leurs oeuvres non conformes. La France d’après a comme un goût de France d’avant.

23.10
2008
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Comme on sait, le Congrès réunit à Versailles avait triomphalement adopté, à une voix de majorité et non des moindres, la Constitution du 23 juillet 2008. Mais nous étions tous stupéfaits d’y avoir découvert une épouvantable lacune. Elle semblait impensable dans le pays des franchises médicales, du test ADN, de la rétention de sûreté et du paquet fiscal. En effet, nul part n’apparaissait sur le papier un principe pourtant cher à notre gouvernement : je veux bien sûr parler du Foutage de Gueule.

C’était faire bien peu de cas de Madame Albanel, Ministre de la Publicité et de la Communication, qui en est l’une des plus éminente représentante. Pour preuve : le dévoilement ce matin au Conseil des Ministres du nouveau plan de financement de ce qui ne s’appelle pas encore l’audiovisuel d’Etat. « C’est une très bonne réforme, a déclaré l’intéressée, qui donne plus d’identité à l’audiovisuel public, plus de moyen aux chaînes privés ».

Pour être plus précis, la publicité disparaîtra des écrans du service public entre 20h et 6 h dès le 1er janvier 2009, et c’est en 2012 que les autres coupures publicitaires tireront leur révérence. C’était là, on s’en souvient, une proposition de la Commission Copé. Comme l’était d’ailleurs la création de taxes – oui en France on baisse les impôts et on crée des taxes – sur les opérateurs de téléphonie et les recettes publicitaires des chaînes privées en vue de compenser le manque à gagner de France Télévisions. Et c’est là que ça devient intéressant.

On pourrait naturellement débattre du formidable gain de pouvoir d’achat conféré ainsi à monsieur Bouygues, tant sa petite chaîne TF1 paraît au bord de l’abîme en ces temps difficiles. Apprendre que comme ses consoeurs elle sera nettement moins tenue de financer des productions françaises pourrait nous apitoyer, condamnée qu’elle sera à accumuler des profits écoeurants en diffusant des séries étrangères rachetées pour une bouchée de pain.

Mais c’est France Télévisions qui nous occupe ici. Et l’honnêteté nous pousse à mettre au crédit du gouvernement Fillon l’usage régulier de nos vieilles calculatrices poussiéreuses. Ces petits bijoux de technologie old school nous apprennent en effet que, une fois de plus, l’exécutif du pays fait preuve avec talent d’un formidable Foutage de Gueule. Car si en 2009 les pertes devraient atteindre 450 millions d’euros, et 650 millions en 2012, les gadgets parafiscaux de miss Pub ne devraient rapporter qu’un peu plus de 440 millions. Et ce n’est pas tout.

Ce n’est pas tout car si l’absence de publicité diminue les recettes, elle augmente aussi les coûts d’investissement : les plages horaires libérées par les annonceurs devront être occupées par de nouvelles productions, sauf à s’accommoder de beaux écrans bleu. Ce qui, rapporté au coût moyen des productions de France Télévisions (dont la qualité reconnue se porte garant de la hauteur du financement) devrait s’élever à 800 millions d’euros. Un milliard d’euros en moins pour 2012 : ceux qui ont trouvé la réponse ont gagné le droit de rire jaune.

L’indexation de la redevance sur l’inflation n’y changera rien. Tout au plus son augmentation de deux ou trois euros mettra-t-elle encore davantage à contribution les plus démunis – car après tout, le temps que les français passent à regarder la télé ils ne le passent pas à travailler ces fainéants ! Que l’audiovisuel public, dont le président sera désormais désigné par décret du Président de la République, tombe de plus en plus sous la coupe de l’Etat, ne sera que la dernière, et fatale, conséquence de la « très bonne réforme ».

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Parce qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté et pas de liberté sans connaissance, nous militons pour un accès démocratique à l’information. Dans ce cadre nous devons faire tomber deux obstacles structurels à une information libre et plurielle : la logique du profit maximum et l’influence des flux financiers.

A l’heure actuelle une vingtaine de groupes se partagent les quelques 350 principaux titres de presse que compte la France (3 groupes représentent 45% de l’audience télévisuelle), et ce tous supports confondus (télé, radio, presse écrite, …). La main-mise d’entreprises venues d’autres secteurs d’activité promeut en outre une approche purement mercantile de la presse.

Nous demandons par conséquent que la loi n°84-937 du 23 octobre 1984 sur la concentration de la presse quotidienne évolue, s’étende à l’ensemble des médias et se durcisse à l’encontre des entreprises multimédias et multisecteurs. Elle doit sévèrement limiter le nombre de médias détenus par personne morale et sa participation au capital en fonction du secteur d’activité d’origine et des supports déjà investis. Une commission indépendante assurera le suivi de ces dispositions et organisera sereinement la déconcentration progressive année après année.

La séparation des pouvoirs politiques et médiatiques doit aussi être garantie par la Constitution. Les entreprises bénéficiant de commande d’Etat se verront appliquer un seuil de détention du capital d’un média. L’entreprise ne devra d’ailleurs pas voir son chiffre d’affaires en dépendre au-delà d’un certain pourcentage, sous peine de sanctions financières à hauteur des recettes indûment perçues. Un plan de décapitalisation à l’échelle d’une décennie doit voir le jour en ce sens.

Nous défendons enfin l’idée que l’information citoyenne doit primer sur la communication commerciale. C’est pourquoi nous proposons de créer une nouvelle taxe sur la publicité allouée à l’audiovisuel public. Les recettes permettront ainsi de soutenir le droit à l’information et de responsabiliser le privé vis-à-vis de la publicité.

De nombreux chantiers doivent encore s’ouvrir sur la mutation du système médiatique français et européen. En nous saisissant de l’enjeu des médias à buts lucratifs nous préparons concrètement sa conversion en un espace de citoyenneté et de pluralisme : quand les logiques financières reculent, c’est la démocratie qui avance.

Lire les résolutions des autres fédérations adoptées lors de ce CN.

Lire les contributions de groupes politiques déposées lors de ce CN.

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A l’exception des années Jospin, le progrès social connaît en France un ralentissement qui, en l’espace de vingt ans, s’est mué en régression. Gel des salaires, mise en cause de la laïcité, rafles policières, contre-réformes sur les retraites, sur la santé, sur la fiscalité, sur l’Etat. Même la gauche, au fil de ses échecs répétés, se prend à être de droite.

Pour y voir plus clair, tentons d’être simplement logique. Sur le fond d’abord. La richesse du pays a-t-elle, depuis 1986, baissé au point non seulement de rendre impossible tout progrès social, mais en plus d’obliger notre société à régresser ? Non, elle a même connu une croissance continue et a presque déjà doublé. Est-il absolument impossible d’augmenter les salaires, de continuer à cotiser 37,5 annuités, d’augmenter les dépenses et la dette de l’Etat sans condamner les générations futures, de relancer la croissance par la demande, de réduire encore le temps de travail, … ? Non, on peut débattre de l’efficacité et de la pertinence de telle ou telle mesure, mais rien n’empêche de les mettre en oeuvre. Mais alors on n’est pas « prisonniers de la mondialisation », « obligés » de contre-réformer notre pays « en faillite » ? Pas vraiment non.

Sur la forme alors. La gauche a-t-elle commis, lors de son accession au pouvoir en 1997, des fautes telles qu’elle puisse logiquement s’attirer la méfiance des électeurs ? Lionel Jospin a le meilleur bilan de l’ère Chirac. Ses propositions, ses programmes, ses candidats étaient-ils moins bons, moins crédibles, que ceux de la droite ? S’ils n’étaient sans doute pas fantastiques, ceux de l’UMP brillaient en revanche par leur démagogie, leur confusion, leur dogmatisme, et leur naïveté. La prospérité de la droite au pouvoir aurait-elle durablement séduit l’électorat populaire ? Outre l’incompétence phénoménale de certains membres du gouvernement, de longues années de bilan catastrophique ont accru un déficit public qu’ils sont les premiers à dénoncer et qu’ils ne parviendront même pas à réduire. Alors comment la bataille culturelle, si tant est qu’elle ait seulement été menée par les socialistes, a-t-elle été remportée par les libéraux ?

Creusons encore un peu, et voyons quels sont les meilleurs moyens d’influencer nos concitoyens. Vaut-il mieux réaliser une enquête de victimation sur le territoire national ou diffuser un sujet sur l’insécurité au journal de 20H ? Rencontrer les gens sur le terrain ou se montrer souriant et bien vêtu dans un talk-show à la mode ? Débattre démocratiquement avec ses adversaires à armes égales ou mettre en scène un simulacre de débat télévisé ?

Si la complaisance des médias dominants envers l’idéologie libérale n’explique pas à elle seule l’évolution de la politique française de ces dernières années, et ne décharge aucunement la gauche de ses responsabilités, il n’en demeure pas moins qu’elle reste un élément clé de la bataille culturelle indispensable au progrès social, et qu’on ne peut se passer d’en faire état. Loin des procès d’intention ou de complot, c’est l’examen minutieux d’un système complexe qu’il faut tenter d’établir. Tout cela, après tout, valait bien une AG.

29.01
2008
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Pour l’augmenter en détournant l’attention bien sûr ! glapit l’observateur attentif, qui aura noté que la simple annonce de cette suppression dans l’audiovisuel public a fait grimper (momentanément) les actions des opérateurs privés, que leurs règles publicitaires vont être assouplies, et que dans l’ombre se négocie l’entrée de nouveaux annonceurs à Radio France. Il en déduira sans peine que la fin de la publicité sur France Télévisions est à la réforme de l’audiovisuel ce qu’Alzheimer est aux franchises médicales et ce que la désalinisation de l’eau de mer est aux contrats d’armements franco-lybiens.

Mais que faire alors ? se demandait déjà la dernière fois ce sympathique camarade. Premièrement, cela tombe désormais sous le sens : limiter également la publicité sur le secteur privé, plutôt que de l’affranchir, sous peine d’accroître le déséquilibre public/privé. Réduire le temps maximum et le nombre de coupures autorisées en sus de la taxation. Voilà qui ferait sans doute bondir les copains de la main invisible du marché. Mais comme nous sommes sadiques, nous pourrions même aller jusqu’à augmenter la redevance (Arg ! encore une mesure socialiste !) qui comme chacun sait ou ne sait pas, est l’une des plus ridiculement basse de toute l’Europe (116 euros en France pour 184 euros en moyenne ailleurs, dont 204 en Allemagne et 175 aux Royaume-Uni), et se trouve plombée par près de 10% de fraude (mais que fait le Droit de Savoir ?).

Enfin, et ce n’est pas négligeable, seule l’ouverture des ondes aux médias associatifs et l’inclusion d’une partie d’entre eux dans le service public pourrait permettre un véritable pluralisme de l’expression publique, encore inexistant dans notre pays. Libres de toute contrainte marchande ou politique, ils pourraient bénéficier en priorité des fréquences disponibles et percevoir une aide publique détachée de la redevance ; aide issue par exemple d’une taxation des recettes publicitaires des groupes privés.

On le comprend, le bouleversement profond qui permettrait à notre système médiatique d’être digne d’une démocratie ne pourrait s’opérer qu’au sein d’une réforme générale de la fiscalité pour davantage de solidarité et de justice. Réforme qui n’est pas à l’ordre du jour. Mauvais temps pour la liberté.