Le Foutage de Gueule, une institution bien française…
le 23 octobre 2008 à 19:34 par dans Actualités, Médias|
Comme on sait, le Congrès réunit à Versailles avait triomphalement adopté, à une voix de majorité et non des moindres, la Constitution du 23 juillet 2008. Mais nous étions tous stupéfaits d’y avoir découvert une épouvantable lacune. Elle semblait impensable dans le pays des franchises médicales, du test ADN, de la rétention de sûreté et du paquet fiscal. En effet, nul part n’apparaissait sur le papier un principe pourtant cher à notre gouvernement : je veux bien sûr parler du Foutage de Gueule. C’était faire bien peu de cas de Madame Albanel, Ministre de la Publicité et de la Communication, qui en est l’une des plus éminente représentante. Pour preuve : le dévoilement ce matin au Conseil des Ministres du nouveau plan de financement de ce qui ne s’appelle pas encore l’audiovisuel d’Etat. « C’est une très bonne réforme, a déclaré l’intéressée, qui donne plus d’identité à l’audiovisuel public, plus de moyen aux chaînes privés ». Pour être plus précis, la publicité disparaîtra des écrans du service public entre 20h et 6 h dès le 1er janvier 2009, et c’est en 2012 que les autres coupures publicitaires tireront leur révérence. C’était là, on s’en souvient, une proposition de la Commission Copé. Comme l’était d’ailleurs la création de taxes – oui en France on baisse les impôts et on crée des taxes – sur les opérateurs de téléphonie et les recettes publicitaires des chaînes privées en vue de compenser le manque à gagner de France Télévisions. Et c’est là que ça devient intéressant. On pourrait naturellement débattre du formidable gain de pouvoir d’achat conféré ainsi à monsieur Bouygues, tant sa petite chaîne TF1 paraît au bord de l’abîme en ces temps difficiles. Apprendre que comme ses consoeurs elle sera nettement moins tenue de financer des productions françaises pourrait nous apitoyer, condamnée qu’elle sera à accumuler des profits écoeurants en diffusant des séries étrangères rachetées pour une bouchée de pain. Mais c’est France Télévisions qui nous occupe ici. Et l’honnêteté nous pousse à mettre au crédit du gouvernement Fillon l’usage régulier de nos vieilles calculatrices poussiéreuses. Ces petits bijoux de technologie old school nous apprennent en effet que, une fois de plus, l’exécutif du pays fait preuve avec talent d’un formidable Foutage de Gueule. Car si en 2009 les pertes devraient atteindre 450 millions d’euros, et 650 millions en 2012, les gadgets parafiscaux de miss Pub ne devraient rapporter qu’un peu plus de 440 millions. Et ce n’est pas tout. Ce n’est pas tout car si l’absence de publicité diminue les recettes, elle augmente aussi les coûts d’investissement : les plages horaires libérées par les annonceurs devront être occupées par de nouvelles productions, sauf à s’accommoder de beaux écrans bleu. Ce qui, rapporté au coût moyen des productions de France Télévisions (dont la qualité reconnue se porte garant de la hauteur du financement) devrait s’élever à 800 millions d’euros. Un milliard d’euros en moins pour 2012 : ceux qui ont trouvé la réponse ont gagné le droit de rire jaune. L’indexation de la redevance sur l’inflation n’y changera rien. Tout au plus son augmentation de deux ou trois euros mettra-t-elle encore davantage à contribution les plus démunis – car après tout, le temps que les français passent à regarder la télé ils ne le passent pas à travailler ces fainéants ! Que l’audiovisuel public, dont le président sera désormais désigné par décret du Président de la République, tombe de plus en plus sous la coupe de l’Etat, ne sera que la dernière, et fatale, conséquence de la « très bonne réforme ». |











