Des médailles pour les morts !
le 25 septembre 2008 à 09:52 par Thomas dans Actualités, Education, Humeurs, Travail|
Les vieux ont un pied dans la tombe, l’autre chez Michel Drucker. Beaucoup d’entre eux constituent la base électorale du parti présidentiel. Pourtant, nous aussi, dans le camp du progrès social, nous avons nos vieux. Inutile d’attendre ici la moindre moquerie goguenarde ou pique cynique envers l’âge moyen du militant socialiste, voire même pire, de l’élu socialiste. Non, si nous sommes taquins, nous ne sommes pas - toujours - moqueurs et nos rencontres avec les anciens, qu’ils soient de notre famille politique ou nos familles tout court, sont toujours riches d’enseignement. Au début, le vieux parlera naturellement du temps qui passe, du temps qu’il fait. C’est en le questionnant qu’il abordera ses souvenirs du temps où il avait l’âge des Jeunes Socialistes actuels. Il faut insister pour en savoir plus. Les images d’Epinal ne sont que rarement vraies et il n’aime que peu parler du temps passé. Il parle de la SFIO, des affres de la division et des illusions centristes. Il faudra du temps pour qu’il s’aventure sur la guerre. Il ne dit d’avoir que de bon souvenir et que sa mémoire a effacé tout ce qui était négatif et douloureux. On ne saura jamais si cela est vrai. Il parle de l’engagement, des copains, de l’incompréhension de ce qui lui arrivait. C’est alors qu’il va chercher une petite boîte en acajou cachée dans sa penderie. Dans la boîte, quelques “breloques” comme il dit. Et le vieux de détailler : cette médaille là, c’est pour avoir récupéré un camarade parachuté dans un champs de mines et l’avoir trimbalé ses restes jusqu’à un hôpital de fortune, celle-là, c’est pour le remercier d’avoir quasiment perdu la mobilité de ses jambes, celle-là pour être resté en vie jusqu’à la libération. Une autre pour de la bravoure collective de son bataillon. Des “conneries” selon lui. Il dit que ses médailles ne sont là que pour dissimuler l’incapacité de l’Etat à gérer les problèmes. On envoie des gamins sans équipement et sans préparation. On explique les larmes de la nation aux restants venus pleurer la perte inutile d’un des leurs. Si tu as gardé des jambes, on te cire les pompes à ton retour pour te remercier. Puis, tu redeviens à l’état de merde. On accroche pas ses médailles à son bleu de travail quand il faut retourner à l’usine gagner douloureusement de quoi survivre. Les médailles ne servent à rien quand la retraite ne s’élève pas plus haut que le seuil de pauvreté. Les médailles n’aident pas à dormir quand les cris des copains morts à côté ou des regards perdus des gamins du camps d’en face vous reviennent en pleine nuit. Les médailles ne remplacent pas une vie gâchée. Alors le vieux ressent la même colère que des années auparavant, quand il apprend que l’on a envoyé des jeunes soldats tout juste formé se faire tuer en Afghanistan, sans armes adaptées, sans équipement, sans préparation. La nation peut pleurer leur corps et remettre une médaille à leurs parents. C’est facile une médaille pour se laver les mains et détourner le regard. Il rigole jaune quand un ministre de la république propose de médailler aussi des bacheliers. C’est peut-être le même principe que pour les estropiés de guerre. Il aurait été plus utile de leur garantir un avenir, un travail décent, un bon niveau de formation, une université de qualité. Mais cela, l’Etat s’en moque. Pas assez rentable. Au lieu de cela, on s’excuse pour la guerre sociale perdue d’avance. Ce ministre explique que les étudiants d’origine modeste seraient plus méritant s’ils réussissent. Il doit penser que les pauvres ne sont que des abrutis et que leur réussite doit être un miracle divin. Ils n’ont peut-être pas plus de valeur à ses yeux qu’en ont eu la chair à canon envoyée se faire massacrer à son époque. On a juste changé de guerre, changé d’arme. On a troqué les flots de balles par des flux financiers, les chars par des O.P.A. Les quantités négligeables, les variables d’ajustement restent les mêmes. Les plus pauvres paieront toujours le prix fort. Il ne faut pas attendre d’opération Overlord ou à un grand soir romantique pondu tout cuit par d’autres. Rien ne viendra tout seul. Il nous faut nous serrer les coudes et garder le point levé. L’avenir ne se construira pas tout seul à gauche. C’est à nous de le faire. |











