Archive pour la rubrique 'Travail'

25.09
2008
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Les vieux ont un pied dans la tombe, l’autre chez Michel Drucker. Beaucoup d’entre eux constituent la base électorale du parti présidentiel. Pourtant, nous aussi, dans le camp du progrès social, nous avons nos vieux. Inutile d’attendre ici la moindre moquerie goguenarde ou pique cynique envers l’âge moyen du militant socialiste, voire même pire, de l’élu socialiste. Non, si nous sommes taquins, nous ne sommes pas - toujours - moqueurs et nos rencontres avec les anciens, qu’ils soient de notre famille politique ou nos familles tout court, sont toujours riches d’enseignement.

Au début, le vieux parlera naturellement du temps qui passe, du temps qu’il fait. C’est en le questionnant qu’il abordera ses souvenirs du temps où il avait l’âge des Jeunes Socialistes actuels. Il faut insister pour en savoir plus. Les images d’Epinal ne sont que rarement vraies et il n’aime que peu parler du temps passé. Il parle de la SFIO, des affres de la division et des illusions centristes.  Il faudra du temps pour qu’il s’aventure sur la guerre. Il ne dit d’avoir que de bon souvenir et que sa mémoire a effacé tout ce qui était négatif et douloureux. On ne saura jamais si cela est vrai. Il parle de l’engagement, des copains, de l’incompréhension de ce qui lui arrivait.

C’est alors qu’il va chercher une petite boîte en acajou cachée dans sa penderie. Dans la boîte, quelques “breloques” comme il dit. Et le vieux de détailler : cette médaille là, c’est pour avoir récupéré un camarade parachuté dans un champs de mines et l’avoir trimbalé ses restes jusqu’à un hôpital de fortune, celle-là, c’est pour le remercier d’avoir quasiment perdu la mobilité de ses jambes, celle-là pour être resté en vie jusqu’à la libération. Une autre pour de la bravoure collective de son bataillon. Des “conneries” selon lui.

Il dit que ses médailles ne sont là que pour dissimuler l’incapacité de l’Etat à gérer les problèmes. On envoie des gamins sans équipement et sans préparation. On explique les larmes de la nation aux restants venus  pleurer la perte inutile d’un des leurs. Si tu as gardé des jambes, on te cire les pompes à ton retour pour te remercier. Puis, tu redeviens à l’état de merde. On accroche pas ses médailles à son bleu de travail quand il faut retourner à l’usine gagner douloureusement de quoi survivre. Les médailles ne servent à rien quand la retraite ne s’élève pas plus haut que le seuil de pauvreté. Les médailles n’aident pas à dormir quand les cris des copains morts à côté ou des regards perdus des gamins du camps d’en face vous reviennent en pleine nuit. Les médailles ne remplacent pas une vie gâchée.

Alors le vieux ressent la même colère que des années auparavant, quand il apprend que l’on a envoyé des jeunes soldats tout juste formé se faire tuer en Afghanistan, sans armes adaptées, sans équipement, sans préparation. La nation peut pleurer leur corps et remettre une médaille à leurs parents. C’est facile une médaille pour se laver les mains et détourner le regard.

Il rigole jaune quand un ministre de la république propose de médailler aussi des bacheliers. C’est peut-être le même principe que pour les estropiés de guerre. Il aurait été plus utile de leur garantir un avenir, un travail décent, un bon niveau de formation, une université de qualité. Mais cela, l’Etat s’en moque. Pas assez rentable. Au lieu de cela, on s’excuse pour la guerre sociale perdue d’avance. Ce ministre explique que les étudiants d’origine modeste seraient plus méritant s’ils réussissent. Il doit penser que les pauvres ne sont que des abrutis et que leur réussite doit être un miracle divin. Ils n’ont peut-être pas plus de valeur à ses yeux qu’en ont eu la chair à canon envoyée se faire massacrer à son époque. On a juste changé de guerre, changé d’arme. On a troqué les flots de balles par des flux financiers, les chars par des O.P.A. Les quantités négligeables, les variables d’ajustement restent les mêmes. Les plus pauvres paieront toujours le prix fort. Il ne faut pas attendre d’opération Overlord ou à un grand soir romantique pondu tout cuit par d’autres. Rien ne viendra tout seul. Il nous faut nous serrer les coudes et garder le point levé. L’avenir ne se construira pas tout seul à gauche. C’est à nous de le faire.

22.09
2008
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Non sans déconner, augmenter les salaires c’est vachement mal.

Blague à part, il est peut-être temps de prendre conscience de l’impact de cette façon de penser sur la santé économique du pays. Même si, s’agissant d’économie en France, le mot santé est peut-être un peu fort.

Le ciel est gris, le vent est froid, on a ressorti Roselyne Bachelot : c’est la rentrée. Le prof de la classe, qui est aussi Président de la République, a décidé cette année de réconcilier Monsieur Travail et Monsieur Capital. Ils se sont pris la main et ont fait une ronde, ou quelque chose de ce style, puis il a décidé de lancer le RSA ou Revenu de Solidarité Active (on se demande d’ailleurs pourquoi solidarité active, autant appeler les dividendes Revenus d’Individualisme Passif). Bref comme tous les ans, l’Etat distribue quelques miettes aux nécessiteux, par pure charité chrétienne semble-t-il (mais charité ne vaut pas solidarité), vu que, comme chacun sait, augmenter les salaires c’est mal.

Mais pourquoi au fait ? L’interrogation pourrait sembler saugrenue, tant on a pris l’habitude en France d’avaler sa bouillie d’idéologie libéral-économique dès le saut du lit et sans poser de question. Pourtant réfléchir ça peut servir, même si Nicolas Sarkozy nous avait appris à nous en passer en ayant la politesse de donner l’exemple. Sans rentrer dans les détails, il est utile de mentionner les principaux arguments.

D’abord le risque d’inflation (j’augmente les salaires, les prix augmentent, comme les prix augmentent j’augmente les salaires, etc.), ensuite le découragement des investisseurs français et étrangers donc la fuite des capitaux (c’est vrai que donner de l’argent à des gens juste pour qu’ils travaillent c’est un peu du vol quelque part…), enfin la perte de compétitivité économique qui en résulte à l’heure de la mondialisation comme on dit (sans jamais nous préciser laquelle). « Et en plus ça sert à rien ! » précise en levant l’index le grand économiste de la télévision (qui est de droite, comme tous les grands économistes de la télévision), signifiant par là que l’augmentation des salaires n’implique pas mécaniquement une relance de l’économie.

Objectivement tous ces arguments méritent d’être pris en compte et, généralement, ils le sont. Mais là n’est pas le sujet. Très franchement, à part à la gauche de Besancenot (c’est un peu notre phare lui, quand on le voit arriver on sait que les récifs ne sont pas loin), personne n’ira aujourd’hui défendre l’idée qu’une augmentation des salaires va, à elle seule, redresser l’économie. Mais pour la peine, puisque faire croître l’activité revient à faire croître la consommation, on va rappeler deux choses très simples.

La première, accrochez-vous : pour que ça se vende, il faut que les gens achètent.

Et la seconde, qui est encore pire : pour que les gens achètent, il faut qu’ils aient de l’argent. (Mais jusqu’où ira-t-il !)

Il est donc urgent d’affirmer haut et fort que si on augmente pas les salaires, devinez quoi : il ne va rien se passer. Non ! les petits garçons ne naissent pas dans les choux et l’argent ne pousse pas sur les arbres. Non ! jamais ne viendra sur terre une armée d’investisseurs martiens qui viendront acheter nos Airbus, nos Peugeots, nos Danones et nos Princes de Lu. Pas même pour le goûter ! Mépriser le marché intérieur au profit des échanges extérieurs n’a, pour l’instant, pas donné grand chose.

Si augmenter les salaires ne suffit pas, ne pas le faire condamne tout espoir de relance. Au-delà des enjeux de justice sociale, c’est du suicide économique. Monsieur Budget lui-même ne semble pas avoir compris que les gens ne peuvent pas consommer des biens ou des services avec de l’argent qu’ils n’ont pas. C’est du niveau CM2 ambiance bac à sable. Faites quand même passer le mot, y compris dans la famille socialiste certains l’ont oublié.

Alors plutôt - par charité, parce que les mangeurs de caviar bedonnant culpabilisent de pas profiter plus souvent de leur résidence secondaire pendant que leurs concitoyens crèvent de froid dans la rue - que de laisser mettre en place des compléments de salaires plus inefficaces et hypocrites les uns que les autres (à noter que toucher le RSA au SMIC à mi-temps maintient sous le seuil de pauvreté), peut-être que la gauche pourrait sortir de sa léthargie cérébrale, poser sa tasse de thé, baisser le petit doigt et lever le poing pour enfin défendre ceux qui sont sa raison d’être.

Sait-on jamais…

22.11
2007
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S’exprimant sur le problème du pouvoir d’achat, Laurence Parisot, présidente du MEDEF a souhaité envoyer un message clair au Président Sarkozy. Estimant “objectif” ce problème, elle a appelé à la suppression de la durée légale du temps de travail, estimant “rébarbatifs” l’ensemble des dispositifs d’heures supplémentaires. Le MEDEF fait donc sienne la doctrine du travailler plus pour gagner plus mais passe sous silence le fait que les contingents d’heures supplémentaires sont loin d’être utilisés. En clair, le droit actuel autorise un nombre d’heures supplémentaires largement supérieur au besoin actuel des entreprises. Le problème de croissance ne vient pas du droit du travail.

Retour un siècle en arrière : Zola en ligne de mire

Décryptons cette proposition :
Le droit du travail fixe actuellement la durée légale de travail à 35 heures. Nous devons cette formidable avancée sociale au gouvernement socialiste de Lionel Jospin. La durée maximale de travail est fixée à 48 heures par semaine. Les heures travaillées entre les durées légales et maximales de travail constituent des heures supplémentaires mieux rémunérées que les heures de base. Et mécaniquement, sans durée légale du temps de travail, le concept d’heure supplémentaire perd tout son sens juridique.

Travailler plus pour gagner plus était trop compliqué, désormais, ce sera uniquement Travailler Plus

En fait, Laurence Parisot, en appellant Nicolas Sarkozy à supprimer la durée légale du temps de travail, souhaite aussi supprimer les heures supplémentaires plus coûteuses pour les entreprises. La droite désormais sans le moindre complexe souhaite donc pouvoir faire travailler les salariés jusqu’à 48 heures par semaines sans supplément de salaire tout en prétextant que cela sera bénéfique au pouvoir d’achat ! Ce mensonge éhonté dissimule mal la volonté d’enrichissement encore plus grand des puissances d’argents et ce, quelles que puisssent être les conséquences pour l’ensemble des travailleurs déjà largement en souffrance.

La fédération du Rhône du Mouvement des Jeunes Socialistes appelle a défendre les 35 heures comme durée légale du temps de travail et rappelle ses engagements pour la défense du droit du travail contre toutes les tentatives de précarication du monde du travail.